mattmark 1965


Projet Mattmark, 50 ans après. Une analyse socio-historique 2013-2015 

Survenue le 30 août 1965, la tragédie de Mattmark n’a donné lieu à aucune étude scientifique d’envergure. Seuls quelques travaux commémoratifs ne traitant le sujet que partiellement permettent d’approcher imlarfaitement la catastrophe. Nous souhaitons contribuer de manière scientifique aux manifestations qui vont marquer le cinquantenaire de cette tragédie qui fut un tournant majeur de l’histoire politique et sociale de la Suisse.

  1. La catastrophe (ci-après Mattmark) marque durablement l’histoire migratoire de la Suisse. Pour la première fois des migrants meurent sur leur lieu de travail aux côtés de travailleurs suisses. Sur 88 disparus, on dénombre 56 Italiens, 23 Suisses, 4 Espagnols, 2 Allemands, 2 Autrichiens et 1 apatride. Par la diversité d’origine des victimes cet événement de portée nationale acquiert une dimension internationale. Il suscite en Suisse et en Europe un débat sur les conditions humaines et sociales des migrations économiques et sur les conditions d’exercice professionnel des migrants. En Suisse même, au-delà de la polémique publique à propos des erreurs de gestion commises sur le chantier, les victimes immigrées anonymes de Mattmark acquièrent un statut d’être humain soulevant compassion et méritant réparation. Au vu des risques encourus pour construire la Suisse moderne, le travailleur immigré fait alors l’objet de sollicitudes; en témoignent les nombreuses actions de solidarités engagées après Mattmark par les organisations syndicales.
  2. Le débat autour de la catastrophe, le procès qui s’ensuit, les revendications des familles de victime et des autorités italiennes à l’égard des autorités helvétiques suscitent la virulente opposition des mouvements xénophobes. Non seulement ces revendications sont jugées inacceptables sur le fond, mais elles sont considérées comme un outrage à la politique suisse en faveur de l’immigration étrangère. De fait, la catastrophe de Mattmark débouche sur un double mouvement contradictoire de compassion et de rejet du travailleur immigré.
  3. Au niveau médiatique, les catastrophes d'après-guerre témoignent de l’émergence d’un journalisme critique et politique qui dénonce les défaillances des systèmes d’acteur et des logiques de l’action publique. À Mattmark, le direct télévisé et la présence ininterrompue des journalistes sur place, durant des semaines, mobilisent l’opinion publique sur les conditions d’existence des travailleurs immigrés en Suisse et sur les risques d’une exploitation abusive des ressources humaines et naturelles.
  4. Au niveau de l’organisation du chantier, Mattmark redéfinit les politiques de sécurité sur les grands équipements et les infrastructures territoriales. Mattmark est devenu en ce domaine un « modèle ». L’engagement d’une réflexion sur la protection civile, à partir de l’institutionnalisation d’un corps permanent d’intervention en cas de catastrophes, doit beaucoup à cette tragédie.

Ces quatre thèmes (le social, le politique, le médiatique et la sécurité au travail) montrent l’importance d’une étude scientifique de la catastrophe de Mattmark. Ce travail est d’autant plus réalisable que nous disposons de sources d’archives particulièrement exhaustives sur la tragédie même et ses implications juridiques, politiques et sociales au plan national. Il sera possible d’étudier précisément le contexte socio-économique et politique et d’éclairer les relations de la Suisse envers ses phénomènes migratoires. L’objectif de cette recherche est double : premièrement, réévaluer la place de cette catastrophe dans l’histoire de la construction de la Suisse moderne et de l’Etat social suisse et, deuxièmement, participer, à l’occasion de la commémoration du cinquantenaire, à la restauration de la mémoire des faits en dépassant la simple chronique des événements. En étudiant l’événement selon une perspective socio-historique - c'est-à-dire en traitant de manière la plus exhaustive possible les archives de Mattmark et en les associant aux problématiques de la migration, de la sécurité et des politiques publiques – nous espérons que la catastrophe soit pleinement intégrée comme un élément à part entière de la construction de notre destin commun.

Les acteurs du projet

  • Direction scientifique: Sandro Cattacin, Département de sociologie, Université de Genève et Rémi Baudouï,  Institut de science de l'environnement, Université de Genève 
  • Chercheurs: Toni Ricciardi, maître-assistant, Département de sociologie, Université de Genève
  • Chercheurs affiliés: Irina Radu, Département de sociologie, Université de Genève
  • Coordinateur: Blaise Dupuis, Département de sociologie, Université de Genève
Projet financé par le Fond national suisse de la recherche scientifique, soutenu par les syndicats UNIA et SYNA, la Croix-Rouge Suisse et le Canton du Valais.


Publications

Ricciardi, Toni and Sandro Cattacin (2014). "Introduzione. Le catastrofi del fordismo in migrazione." Studi Emigrazione/Migration Studies LI(196): 547-555.

Ricciardi, Toni and Sandro Cattacin (eds) (2014). Le catastrofi del fordismo in migrazione. Numero speciale di Studi Emigrazione (196). Roma: Centro Studi Emigrazione.

Ricciardi, Toni and Sandro Cattacin (2014). "Fordist Society and the Person." Studi Emigrazione/Migration Studies LI(196): 557-566.



Mise à jour: 08/08/2015

 Contact: Toni Ricciardi